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INTERVIEW - Henri Jobbé Duval

Figure de l'Art Contemporain et esthète au goût sûr, Henri Jobbé Duval s'est confié à nous lors d'un échange sur les thèmes de l'Art et du Luxe

Présentez-vous ainsi que votre univers ?

Je m’appelle Henri Jobbé Duval, mon domaine d’activité depuis plusieurs années est l’organisation de salons ainsi que la communication liée à l’ensemble de ces événements. L’organisation en tant que telle comprend la création et le développement des événements, j’ai ainsi collaboré pendant 28 ans à la création et au développement de la FIAC, du Salon du Livre, du Salon du Nautique et différents autres salons dans des domaines divers plutôt liés au monde de l’Art avec lequel j’ai des attaches particulières que je continue à cultiver. Je suis actuellement conseil dans ces domaines, j’ai ainsi participé à la création de la 1ère Biennale des Métiers d’Art et Création, Révélations qui a pour vocation la création des savoir-faire français et plus particulièrement des métiers d’art. J’ai aussi aidé Ateliers d’Art de France, qui est le syndicat professionnel leader dans son secteur, à monter ce projet au Grand Palais et je les accompagne pour la deuxième édition qui se déroulera une nouvelle fois au Grand Palais en 2015.

Par ailleurs, je suis également consultant auprès des groupes comme Eurodisney… Je suis,  par ailleurs, commissaire d’exposition pour des villes comme La Rochelle. J’accompagne des projets sur l’angle professionnel et d’un point de vue plus personnel, j’interviens dans le monde associatif à travers l’association « Premier Regard » qui permet à de très jeunes artistes de réaliser leur première exposition avant de pouvoir entrer dans des galeries et accéder au marché de l’Art. Je m’occupe également des Archives de la Critique d’Art à Rennes et de l’association La Source à Dinard. Cette association a pour but de réintégrer des jeunes socialement par le biais de l’art. Les jeunes concernés ont de 8 à 15 ans environ et sont encadrés par des artistes et des éducateurs. Je m’occupe enfin du Jeu de Paume, j’étais vice-président mais j’ai renoncé donc je reste dans le conseil d’administration.

Comme vous l’aurez compris, j’ai des attaches particulières et profondes avec le monde de l’art contemporain, en effet, dans les années 70, j’ai débuté avec une galerie d’Art Contemporain en Bretagne et même si ma vie professionnelle m’a ponctuellement éloigné de ce domaine, je suis toujours resté très attaché au Monde de l’Art.

Comment analysez-vous les rapports (et leur évolution) qui lient le monde de l’art à celui du luxe ?

Effectivement dans les années 80, il m’a semblé qu’il y avait un rapprochement possible entre le monde de l’art et le monde du luxe. Au fil des années, ces deux milieux se sont rapprochés et les grandes marques ont fait appel à de grands créateurs et collaborent avec eux de façon très emblématique.

Il ne faut pas oublier que dans les années 60, des initiatives très intéressantes, notamment prise par la Maison Hermès, qui avait travaillé avec de grands artistes contemporains comme Miro et Chagall, à travers la création de carrés de soie. Plus récemment, Pierre-Alexis Dumas a décidé de refaire appel à des artistes, en invitant  une nouvelle génération à développer une créativité nouvelle, non seulement en terme d’image mais également en terme d’innovation technique.  C’est selon moi une parfaite illustration d’alliance entre l’aspiration artistique d’un créateur et l’obligation d’excellence d’une Maison.

Grâce à l’évolution des centres de formation et des outils de communication, on a fait évoluer le dialogue entre l’Art et les entreprises. Si je peux me permettre une anecdote, en 1986, j’avais organisé un dans le cadre de la FIAC un défilé de mode en rapprochant de grands couturiers  et des artistes. Ces rencontres avaient été très mal vécues par le milieu de l’Art qui considérait à l’époque qu’on ne pouvait pas mêler « l’art » et le « chiffon ». Je souhaitais rapprocher le monde de l’art et la mode comme l’avaient fait de manière pertinente Yves Saint Laurent ou Jean-Charles de Castelbajac, je trouvais qu’il y a d’autres possibilités…

Pourquoi, selon vous, les grandes Maisons créent-elles des fondations ?

Cartier a été la première grande fondation française à vocation internationale créée par une maison de luxe. Je pense qu’Alain Dominique Perrin a compris très tôt la valeur ajoutée que pouvait apporter un engagement dans l’art contemporain sur le plan international. C’est à dire une ouverture à la créativité avec une résonnance mondiale en allant vers de grands plasticiens. Je dirais que quand la Fondation Cartier a vu le jour, très tôt finalement, c’était vraiment visionnaire. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de fondations montées par de grandes entreprises et en particulier dans le domaine du luxe ou proche du luxe, mais on ne peut pas comparer ce que font la Fondation Bernard Magrez,  LVMH ou François Pinault, même si l’impact est très positif pour le monde de l’Art. On ne peut que se féliciter de l’implication de grands groupes dans l’art à travers leur collaboration avec les artistes. Ces créations permettent aux entreprises françaises de parfaire leur rayonnement international. Le Monde du Luxe est directement lié au monde de la création, leur relation est capitale pour l’image de notre pays. J’espère qu’il y aura d’autres initiatives de ce type, surtout en régions avec l’avènement de lieux d’échanges économiques et culturels. Les fondations permettent de matérialiser une forme d’ouverture vers le Monde et peut-être, au sens large, une ouverture à la recherche. Ouvrir une fondation d’Art Contemporain, c’est pour une entreprise, me semble-t-il, reconnaître la dimension sociale et culturelle de l’artiste, ce qui n’était pas le cas jusqu’à il y a quelques temps, quand l’artiste était trop souvent comme un marginal. Presque un parasite social que la société devait soutenir. Il y a maintenant une vraie valeur ajoutée à soutenir des artistes. Je pense que les grandes marques ont besoin de cette dimension sociale et humaine et que c’est pour cela qu’elles les soutiennent. Ce sont les grandes marques qui ont besoin de cette identité et passent donc par le soutien aux artistes.   Nous évoluons dans un monde de plus en plus robotisé où l’Humain disparaît peu à peu ; grâce aux  initiatives des entreprises, on retrouve cette dimension  humaine et sociale, cette trace identitaire qui devient nécessaire.

N’oublions pas que c’est le geste de l’humain qui matérialise la dynamique d’une pensée. Nous avons la Chance en France d’avoir un patrimoine des savoirs faires fabuleux et nous réussissons malgré quelques pertes à le transmettre. Valoriser la modernité est primordial. C’est grâce aux échanges entre le monde du luxe et le monde de l’art que la modernité garde un sens.

Prenons l’exemple des métiers d’art dans les cas de l’horlogerie et de la Couture, mettons-nous assez en valeur ce savoir-faire inouï ?

Il y a de gros efforts de faits par les entreprises car elles cherchent en permanence à trouver des compétences et de vrais savoir-faire. Les compétences évoluent suivant les besoins et les technologies. La Mise en valeur est une façon de reconnaître l’importance de ces métiers. Ce même manque de reconnaissance qui pénalisait tant les métiers d’art. Pour assurer leur reconnaissance, il faut valoriser leur formation. En effet les acteurs industriels doivent reconnaître une forme d’engagement professionnel auprès des jeunes en formation. Ils doivent très tôt les reconnaître comme acteurs dans leur secteur et les accompagner au cours de leur parcours.

La FIAC, dont vous êtes à l’origine, est LE rendez-vous de l’Art Contemporain, depuis quelques années, des maisons d’horlogerie s’y exposent, cela traduit-il une évolution de la perception de l'art ?

C’est vrai, j’ai eu la grande chance en 1973 d’être aux côtés de Jean-Pierre Jouët lors de sa création. Et pendant 28 ans, j’ai  souhaité lui donner une dimension plus internationale et glamour et ainsi lui permettre de se rapprocher des entreprises. On devait être à la fin des années 80 lorsque nous avons créé le « Club FIAC entreprises » qui permettait au monde des affaires de se rapprocher du milieu de l’Art Contemporain.  Les partenariats se sont noués et développés suivant ce modèle là. Les initiatives se sont depuis multipliées. Tout à l’heure, nous parlions des fondations et je repense à l’édition 2013 où la fondation Franco Cologni a exposé les créations de Alessandro Mendini avec le concours de plusieurs artisans et sur différents supports du bois à la céramique. Vous imaginez que j’aurais préféré qu’ils participent au salon Révélations

Paris est une ville exceptionnelle, mérite-t-elle selon vous d’être le centre du Monde de l’art comme elle l’est pour la Mode, quelle place a-t-elle face à des villes comme New York ou Londres ?

Une place de leader se conquiert en permanence, Paris a de nombreux atouts pour continuer à jouer un rôle international dans le domaine de la création contemporaine. Cela vient notamment de l’image culturelle de la France qui est incontestée dans le Monde. Ce n’est pas pour autant que l’on doit considérer que les artistes français sont obligatoirement les meilleurs ! Même si un grand nombre d’entre eux mériterait d’être plus connu internationalement. La France, et Paris en particulier, témoignent d’une ouverture d’esprit capable de permettre à notre capitale de jouer un rôle de premier plan. L’écrin prestigieux que constitue le Grand Palais est pour beaucoup dans l’image de prestige de la France dans le domaine de la culture. Il ne faut pas négliger que les contingences économiques font que certaines places peuvent d’imposer face à Paris. L’émergence de places comme New York, Hong Kong et Londres est très récente et évoluent vite.  La foire qui comptait aux Etats-Unis dans les années 8°/90 était Chicago alors que c’est maintenant Miami qui est capitale. Même si l’impact de certaines de ces foires d’art est important, la place de Paris reste un marché international permanent du luxe et de la culture. Pour revenir à votre question, Paris mérite tout à fait sa place à condition qu’elle s’en donne les moyens !

Les allusions à l’Art se font de plus en plus récurrentes dans le luxe, y a-t-il une lien entre la possession d'Art et la possession du luxe ?

Pour moi, il y a dans l’Art une dimension spirituelle et humaine, il y a de l’ « au-delà ». Quand vous achetez cher un objet ou une œuvre ce n’est pas seulement du fait des coûts des matières premières, c’est l’émotion que véhicule la trace de la main humaine qui fait le prix du luxe ou de l’art. Si l’on était dans une approche matérielle, il serait très difficile de justifier les prix. Les objets doivent être porteurs de valeurs et d’idée, qu’il véhicule une part de rêve et d’intemporalité. Quand vous portez un vêtement de créateur, vous ne portez pas que sa marque mais bien toute la philosophie qui entoure son œuvre. Il y a une dimension poétique dans les objets et l’on se dépasse en les possédant. C’est finalement le supplément d’âme qui fait la valeur d’un objet

Le marché du luxe enregistre une croissance très appréciable malgré la crise, qu’en est-il du marché de l’art ?

Je ne suis pas un spécialiste du marché du luxe mais force est de constater qu’il y a de plus en plus de personnes fortunées désireuses d’accéder au marché de l’excellence qui atteint des prix incroyables et il y a aussi une créativité qui ne trouve pas sa place sur la place internationale mais trouve preneur sur un marché plus local.

Il y a encore 25 ans être artiste, c’était être un marginal ; alors que maintenant c’est être un acteur important d’un marché en plein essor. En 40 ans, le marché s’est considérablement développé, il n’y a qu’à comparer le nombre de visiteurs qu’il y avait lors des expositions d’art contemporain, on constate un effet exponentiel dû à l’intérêt du public.

Êtes-vous, vous-même collectionneur ?

Je ne me considère pas comme un collectionneur car je n’ai pas l’approche d’un collectionneur qui achèterait toute les œuvres d’un thème qui lui plairait. Il existe cependant toutes sortes d’approches, il y a ceux qui s’astreignent à un artiste ou à une très petite sélection ; il y a ceux qui « butinent » dans différents types d’œuvres et de courants. Je me vois plus comme un collection de « rencontres ». J’ai besoin d’avoir un échange avec l’artiste. Je garde ainsi toujours une attache avec les artistes ; la rencontre passe d’abord par une découverte, une acquisition puis par le suivi du travail de l’artiste. Par mon goût des rencontres, j’ai fini par constituer environnement personnel, témoignage des épisodes de ma vie, mais ce n’était pas une décision en soi, c’est seulement qu’au fil des années on finit par entasser des choses. Il y a des vrais collectionneurs, qui ont une démarche et une stratégie, ils revendent pour acheter, ce qui ne m’arrive que très rarement. Dernièrement, je pensais vendre un tableau de ma réserve et lorsque je l’ai revu, je n’ai pu me résoudre à m’en séparer car il fait partie de mon histoire. Les objets font partie de notre vie et nous décrivent.

Le nom d’une œuvre ou d’un artiste qui a changé votre vie ?

Les travaux de nombreux artistes ont jalonné ma vie et m’ont marqué mais je crois que la découverte qui m’aura le plus touché a été le travail de Cy Twombly dans lequel j’ai intuitivement perçu l’expression d’un monde poétique, de prime abord il pouvait apparaître chaotique mais en le lisant témoignait d’une construction, d’une rythmique voir d’une mélodie qui me correspondait et avec lequel je me sentais en résonnance.

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